Conférence sur le marketing de luxe Mireille Schneider, Luxe-Diffusion SA

Mercredi soir 20 avril 2016, nous avons eu la chance et l’honneur de recevoir Madame Mireille Schneider, directrice chez Luxe-Diffusion SA, dans le cadre de la conférence sur le marketing de luxe organisée par MSO.

Forte de nombreuses années d’expérience dans ce milieu, Madame Mireille Schneider nous a apporté son témoignage sur la façon dont elle gère son entreprise et sur sa stratégie marketing.

Afin de mieux comprendre ce domaine et d’obtenir des conseils pour travailler dans ce milieu, Madame Mireille Schneider a répondu à quelques questions, en toute honnêteté et en parlant avec son cœur.

Pensez-vous que le monde du luxe ait encore de longues années devant lui ?

Oui définitivement. Le luxe c’est le fait d’amener une valeur ajoutée à un produit, ce n’est pas seulement la valeur intrinsèque ou technique de celui-ci. C’est vraiment plein de valeurs ajoutées, du rêve. On a besoin du rêve dans la vie.

De plus, un produit de luxe on ne l’a pas forcément tout de suite donc on peut aussi rêver qu’on va l’avoir plus tard, de faire les efforts pour l’avoir et également d’y aller par étape. C’est pour cette raison que la parfumerie est un bon moyen pour rentrer dans ce monde. Il ne faut pas oublier que le produit de luxe n’est pas un besoin ni un produit de première nécessité.

Pensez-vous que le e-commerce, toujours plus présent, puisse avoir un impact négatif dans ce milieu ?

Alors moi j’étais un peu comme les horlogers, je pensais qu’une marque de luxe ne pouvait pas être sur internet car il faut justement apporter ces valeurs ajoutées : pouvoir toucher le produit, que quelqu’un vous en parle avec amour, de donner envie en fin de compte. Tous les autres sens olfactives et tactiles, le plaisir d’entrer dans la boutique, de se faire servir un café, sont également très importants. On aura toujours besoin de ces éléments. Malheureusement, c’est en train de se perdre, en tout cas dans le monde du cosmétique où ça nous oblige à travailler sur le e-commerce. Il existe des sites internet où il y a des films avec des musiques et des fondus d’images, ce n’est pas juste des photos soldats des produits. « Par exemple, regardez les films de Cartier, ils sont juste magnifiques ! Quand on voit les panthères, c’est vraiment beau ». On est effectivement obligé de faire du e-commerce aujourd’hui mais il faut essayer d’envelopper là-dedans tous ces aspects-là.

A votre avis, quel est le point le plus important à soigner pour être crédible dans ce domaine ? (marketing, image, contact client, …)

Le détail. C’est uniquement le détail qui fait la différence. C’est-à-dire comment on présente le produit, comment on l’amène, il ne doit pas être sale ou corné, il doit être dans un bel emballage, comment on en parle également. Il faut aussi connaître et s’adapter à notre client, de savoir parler comme notre client. Il faut prendre en compte toutes ces petites choses, le moindre détail est important. C’est ça le luxe.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à travailler dans ce domaine ?

Je suis tombée dedans par hasard en fait. J’ai appris à aimer le luxe en y tombant par hasard. Pour la petite histoire, je suis chimiste de formation donc rien à voir avec le monde du luxe. Je viens d’une famille de scientifiques et je me suis très vite rendue compte que les quatre murs du laboratoire et les molécules ne me suffisaient pas : j’avais besoin du contact avec les gens. Mon premier emploi était chez Juvena au sein du département Recherches et Développement. Ensuite, je suis partie chez Jelmoli où j’étais responsable de la parfumerie et là j’ai pu voir du monde. Puis, c’est Cartier qui est venu me chercher et je leur ai dit oui car je ne voulais pas faire ce travail toute ma vie. Je ne voulais pas faire que le marché suisse et les horaires de travail avec ma vie de famille, c’était impossible.

J’ai eu un peu de peine avant de rentrer chez Cartier car je ne connaissais pas leurs produits, moi qui suis chimiste de formation, cosmétologue. Chez Cartier, il n’y avait que les parfums pour mon poste donc qu’un seul axe, pas de produits dans les soins ni de maquillage. Je me suis dit que c’était dommage toutes ces études que j’avais faites pour travailler uniquement avec les parfums. Je me rappelle avoir dit au directeur général de Cartier que je n’aimais pas ces produits. Pour la petite histoire, je suis arrivée un 1er août au travail et il n’y avait personne. J’ai pris la liste de clients sur mon bureau et je me suis dit « bon, maintenant il faut aller voir les clients ». Je me suis donc présentée chez un client à Berne et il m’a dit « Non mais qui prouve que vous travaillez réellement chez Cartier ? On n’a pas eu de courrier, vous n’avez pas de carte de visite, vous avez un foulard Carducci, vous avez une montre Rebello au poignet. Je ne peux pas vous croire ». Je suis rentrée le soir voir le directeur général et je lui ai dit que j’avais un problème et qu’on ne voulait pas me croire que je travaillais pour Cartier. En plus on m’avait aussi fait comprendre que je ne portais même pas de montre Cartier. A ce moment-là, le directeur général m’a dit « Ok, alors exceptionnellement, tu as le droit de t’en acheter une tout de suite au prix collaborateur ». Normalement, à l’époque, c’était au bout d’une année qu’un employé avait le droit de s’acheter une montre à un prix préférentiel. Je l’ai regardé et lui ai dit « Non, je viens ici pour gagner de l’argent pas pour en dépenser et en plus je n’aime pas vos montres ». Il m’a donc prêté une montre.

En 1992, Cartier a lancé le parfum Pasha de Cartier et je suis partie au Tessin faire les grosses formations dans les hôtels. C’était le directeur de la boutique qui m’avait tout organisé, je n’avais qu’à venir et faire ces formations. En arrivant, le directeur m’a dit « Tu viens comme ça ? Non là ça ne va pas, viens je vais te donner quelques accessoires ». Il m’a emmené derrière au stock et m’a donné une montre Pasha, un collier Gentiane, des boucles d’oreilles, un stylo Pasha, enfin j’étais le Père Noël. J’ai vécu avec cette montre Pasha pendant ces trois jours. Je l’ai beaucoup touchée et je vous jure que quand j’ai dû la rendre à la fin, ça m’a fait mal au ventre. Le vendredi soir j’ai rendu la montre, le lundi matin suivant, la première chose que j’ai faite c’est d’acheter ma montre Cartier. Quand on touche les produits, quand on vit avec, qu’on apprend à les aimer, ce sont ces éléments qui sont importants pour travailler dans le luxe.

Moyna Andrade 3EEF

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui aimerait être son propre patron dans un premier temps ou qui aimerait travailler dans le milieu du luxe dans un deuxième temps ?

Pour devenir son propre patron, je conseillerais d’abord de faire des expériences dans différentes sociétés pour prendre le meilleur de chacune et pouvoir se dire « Voilà, moi je veux faire comme ça et je veux prendre le positif d’ici ou de là ».

Pour travailler dans le luxe, je pense qu’il faut se côtoyer au monde du luxe dans un premier temps. Il faut d’abord comprendre les codes du luxe pour ensuite les apprécier et les sublimer derrière. Je crois que pour travailler dans ce milieu, il faut justement beaucoup donner ces valeurs supplémentaires qui ne sont pas mesurables et il faut que cela provienne du cœur. Si l’intérêt est profond, ça va tout seul.

Moyna Andrade, 3EEF

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