COMMENT EVITER LES ATTEINTES A LA SANTE PSYCHIQUE AU TRAVAIL ? INTERVIEW AVEC PAUL SANTSCHI

Le 3 décembre 2015 a eu lieu la journée nationale de réflexion portant sur la prévention des risques psychosociaux. Cette journée, organisée par la Haute École de Gestion de Fribourg et du SECO, a attiré de nombreux professionnels souhaitant améliorer cet aspect dans leur vie professionnelle. Nous avons profité de cet événement pour interviewer Monsieur Santschi, enseignant à la HEG Fribourg et Chef compliance et droit du travail pour Micarna, pour connaître sa vision de ce thème souvent peu abordé en entreprise.

santschi

(Interviewer) Vous qui êtes à la fois enseignant et directement sur le marché du travail, pensez-vous qu’il y a une différence notable entre la théorie enseignée et les notions pratiquées directement sur le terrain?

(Paul Santschi) Je vois beaucoup de solutions qui tiennent la route au niveau de la théorie qui sont applicables et même parfois pragmatiques. Pour moi le problème c’est que l’on a plein d’outils mais il faut savoir les utiliser d’une part et ça commence surtout par vraiment les utiliser ! On a beaucoup de solutions qui sont données mais c’est au niveau de l’application de ces solutions que je vois un réel problème.

(Interviewer) Comment avez-vous perçu l’évolution de ce domaine pendant votre carrière ?

(Paul Santschi) J’ai commencé dans l’entreprise Micarna il y a 34 ans. J’ai commencé en 1982 et les maladies étaient traitées de manière aléatoire. On allait même jusqu’à créer un centre de charges pour les cas de longues durée. Un centre de charges ça veut dire quoi ? J’ai en tant que chef un employé malade qui impute mon centre de charge et on offrait à l’époque la possibilité de le mettre dans ce centre de charge qui était rallié aux Ressources Humaines. Par conséquent, c’était les RH qui portaient les coûts pour toutes les personnes malades. Il y a eu une évolution dans la pensée dans le sens qu’un collaborateur malade reste le collaborateur du chef et aussi au niveau des coûts et surtout pour l’inciter à aller le rendre visite, à lui montrer aussi de la confiance, de la reconnaissance. C’est tout un changement de culture que je vis depuis 2001 quand on a mis en place ce système de gestions de santé en entreprise (GSE).

(Interviewer) C’est-à-dire les 4 paliers ?

(Paul Santschi) Oui en effet le système des 4 paliers. C’est là que j’ai constaté aussi que ça touche à la culture et que d’attendre des résultats rapides dans ce domaine se serait avoir des fausses attentes. Investir, oui. II le faut mais calculer un return on investment déjà l’année suivante n’est pas réaliste. C’est faisable à long terme. C’est un processus d’amélioration continu. On doit fignoler et tenir compte de cette nouvelle génération qui vient : la génération « Y ». Celle-ci qui lorsque je donne un ordre, ces jeunes employés se demandent pourquoi ? J’étais choqué sur le moment mais je me suis dit qu’ils avaient raison. Ils veulent connaître le sens de leur travail. Ça aussi c’est une évolution que j’ai constaté dans le courant de ces trente dernières années.

(Interviewer) Pour vous la santé au travail c’est en quelque sorte une philosophie mais arriveriez-vous à définir à l’aide de 3 mots votre perception de ce domaine à l’heure actuelle ?

(Paul Santschi) On aura atteint notre vision si les gens n’ont plus peur de dire qu’ils atteignent leurs limites au niveau de l’individu.

Au niveau de l’organisation c’est de créer une culture où on enlève la peur des gens d’aller dire au chef qu’il n’en peut plus.

Le troisième point est, et vu la fonction que j’avais au niveau des RH, et selon une émission de « Temps Présent », l’image des RH dans la société a de plus en plus une fonction d’économiste. Il en va de la pérennité de l’entreprise mais malgré ça si plus personne n’écoute les employés se serait aux RH de faire les efforts nécessaires pour qu’on écoute le personnel.

(Interviewer) Vous avez une forte expérience en matière de santé au travail. C’est pourquoi avez-une une mesure concrète pour réduire le stress ou encore le sentiment de solitude ?

(Paul Santschi) Une seule méthode : non. Pour moi il s’agit d’un amalgame de méthodes. L’une d’entre elles c’est la gestion des cas des maladies dont celles psychiques avec les systèmes d’entretiens par paliers. C’est un élément important. L’autre élément c’est d’instaurer une culture d’entreprise qui favorise justement d’être à l’écoute des gens et favoriser aussi cette sensibilité du management de détecter de manière précoce les signaux qui sont émis. C’est également de la responsabilité des collaborateurs en soi quand l’un de leur collègue revient après sept mois d’un burnout de ne pas poser la question « est-ce que tu as eu de belles vacances ? ». Tout cela c’est un vraiment un amalgame où on utilise des outils qui existent qui sont donnés par la théorie pour revenir à votre première question. Mais également apprendre à vivre avec ce phénomène et en faire le mieux que possible.

(Interviewer) Et en tant que professionnel de la branche, également enseignant en relation directe avec les futurs experts de ce domaine, quels conseils donneriez-vous aux futurs employés pour mieux appréhender ces soucis?

(Paul Santschi) C’est une question que je me suis posé en réalisant mes cours. Il faut anticiper la problématique. J’intègre cet aspect dans mes cours. Par exemple, je donne un module sur la gestion de la santé en entreprise où on aborde en profondeur ces sujets. Quand je prépare la carrière individuelle des étudiants dans mes cours, je leur dis toujours : faites attention à votre santé. Vous avez peut-être tout dans la tête mais si vous n’avez pas la santé cela ne fonctionnera pas bien. Pour moi c’est important mais surtout un devoir de la Haute École de Gestion de non seulement fignoler les compétences professionnelles et intellectuelles mais aussi les compétences personnelles. Il faut prendre soin de sa personne.

Nous remercions bien évidemment Monsieur Santschi pour le temps qu’il nous a consacré.

Marco Gameiro Lopes & Arnaud Pittet

Cet interview vous a plu? Retrouvez les deux autres interviews réalisés dans le cadre de cet événement à ces adresses: Jean Parrat (14.03.2016) ; Marilyne Pasquier (16.03.2016)

Travail réalisé dans le cadre du cours de Social Media

Liens utiles :

Communiqué de presse de l’événement

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