COMMENT EVITER LES ATTEINTES A LA SANTE PSYCHIQUE AU TRAVAIL ? INTERVIEW AVEC JEAN PARRAT

Le 3 décembre 2015 a eu lieu la journée nationale de réflexion portant sur la prévention des risques psychosociaux. Cette journée, organisée par la Haute École de Gestion de Fribourg et du SECO, a attiré de nombreux professionnels souhaitant améliorer cet aspect dans leur vie professionnelle. Nous avons profité de cet événement pour interviewer Monsieur Parrat, inspecteur du travail dans le canton du Jura, pour connaître sa vision de ce thème souvent peu abordé en entreprise.

parrat

(Interviewer) Trouvez-vous qu’il y a une différence notable entre la théorie enseignée et les notions pratiquées directement sur le terrain?

(Jean Parrat) Oui, il y a une différence fondamentale. Dans la théorie on nous explique tout ce qu’il faudrait faire, ce qu’il faudrait mettre en place. On nous explique la législation, les directives. On nous donne des outils, on apprend à évaluer les dangers, à évaluer les risques, à implémenter les mesures de prévention et ensuite à mesurer notre efficacité.

Dans les entreprises cela ne se passe pas comme ça. Prenons l’exemple des entreprises du domaine de la chimie où la gestion du risque fonctionne très bien car on sait gérer ce risque. Alors que dans l’industrie métallurgique au niveau par exemple du graissage de pièces, c’est juste le contraire alors que c’est un risque identique qui est mal géré.

Mon exemple parle de risque chimique mais les risques psychosociaux s’en rapprochent. Monsieur Sigrist nous a dit ce matin des choses cohérentes et intelligentes mais c’est un chercheur et sur le terrain nous sommes malheureusement très loin de cette réalité.

(Interviewer) Est-ce que ces mesures sont difficiles à mettre en place ?

(Jean Parrat) Non ce n’est pas difficile, simplement dans les écoles de management comme les HEG on enseigne certaines matières qui ne parlent pas nécessairement du problème de gestion de la santé et on n’insiste pas non plus sur l’aspect économique de ce problème.

De ce fait, on rencontre des personnes qui sont drillées à un des systèmes de management d’une usine de production X, par exemple, mais quand on leur parle de risques psychosociaux ils ne savent pas de quoi on parle

(Interviewer) Comment avez-vous ressenti l’évolution dans ce domaine, par exemple, le fait que les entreprises mettent plus en avant le thème de la santé au travail ?

(Jean Parrat) Les entreprises ne mettent pas plus en avant la santé au travail et la gestion du stress. Ce sont plus les spécialistes comme le SECO, les instituts de santé au travail et les professionnels de cette branche qui font un travail de vulgarisation de ce sujet.

En matière de santé au travail on est le parent pauvre. D’une part il n’y a pas d’argent alors que dans le domaine sécurité au travail il y a 120 millions de francs et d’autre part moins l’on montre que l’on a des problèmes de ce type moins l’on arrivera à démontrer que ces problème sont causés par le travail.

Par exemple, un burnout n’est pas reconnu comme maladie professionnelle en Suisse car il n’entre pas dans la définition de maladie professionnelle. Donc si l’on arrive à rien faire pour ce problème, c’est le système de santé suisse qui paie pour les personnes souffrant de ce genre de maladie. En d’autres termes c’est nous qui payons. On sera efficace le jour où le marché payera vraiment ce qu’il coûte en matière de santé au travail. Il y a 15 ans nous avons fait une étude avec des collègues genevois et ce coût s’élevait de 6 à 12 milliards de francs, donc aujourd’hui ça peut grimper jusqu’à 15 milliards.

Connaissez-vous le coût de la santé en suisse ? Vous payez chaque mois une prime d’assurance maladie mais vous ne connaissez pas le coût total de ce domaine et c’est intéressant. Ce domaine coûte 85 milliards environ. Les mauvaises conditions de travail coûtent entre 8 et 15 milliards et c’est le système de santé qui paie. Donc le jour où l’on fera payer les entreprises on aura quelque chose d’efficace

(Interviewer) Pouvez-vous définir à l’aide de 3 mots votre perception de la santé au travail à l’heure actuelle ?

(Jean Parrat) Parent pauvre au niveau de la promotion

Ignorance

Inaction

(Interviewer) C’est-à-dire que c’est un problème qu’il faudra mettre en avant dans les années à venir ?

(Jean Parrat) C’est-à-dire que les spécialistes de la santé essaient de le mettre en avant et de vulgariser ce thème mais cela n’intéresse pas grand monde malheureusement.

(Interviewer) Quelle est la manière la plus adéquate pour gérer ce genre de problème (surcharge de travail, sentiment de solitude, possibilité de burnout, etc)?

(Jean Parrat) On sait très bien comment les gérer mais on ne peut pas dire au entreprises vous avez des risques psychosociaux il faut les gérer. Je ne peux pas dire cela à un petit polisseur jurassien qui polit des boitiers de montres. Il a beaucoup d’autres préoccupations comme le franc fort. On peut par contre lui donner une liste d’une quarantaine de questions comme par exemple :

Est-ce que vous avez des collaborateurs qui travaillent trop ?

Avez-vous des collaborateurs dont le rythme de travail est rythmé par une machine ?

Avez-vous des colorateurs qui sont sous ou surévalués ?

Certaines de ces questions vont retenir son attention et c’est là qu’on peut lui demander « que faite vous pour éviter les facteurs de risque psychosocial ? »

Il ne faut pas attendre que les gens tombent de l’échafaudage pour mettre une barrière à ce dernier. En matière de risque psychosociaux c’est la même chose. Et c’est après avoir répondu à ces questions et avoir identifié les facteurs de risques psychosociaux qu’on peut lui demander de mettre en place des mesures de prévention.

Il est donc plus cohérant d’identifier ces facteurs de risques psychosociaux et d’ensuite les prévenir par des mesures de prévention. Pour un employeur, si on va lui dire qu’un de ces employés ne dort plus à cause du travail il ne va pas comprendre. Alors que si l’on dit à un ingénieur qu’une machine n’est pas assez sécurisée et qu’il y a un risque de se couper le doigt, il va comprendre et sécuriser la machine. Il a l’image directe du problème (le doigt par terre, le sang, etc.). Est-ce que les gens travaillent trop ? Pour un patron, ils ne travaillent jamais trop, il faut travailler encore plus.

(Interviewer) En tant que professionnel de la branche, quel conseil donneriez-vous aux futurs employés pour mieux appréhender les soucis relatifs à la santé au travail ?

(Jean Parrat) Toujours se demander si les conditions de travail que l’on impose à ses collaborateurs on les imposerait à notre fille. Si vous vous dites non c’est que ce n’est pas bon, si vous vous dites oui alors ce sont de bonnes conditions de travail.

Nous remercions bien évidemment Monsieur Parrat pour le temps qu’il nous a consacré.

Marco Gameiro Lopes & Arnaud Pittet

Cet interview vous a plu? Retrouvez les deux autres interviews réalisés dans le cadre de cet événement à ces adresses: Paul Santschi (15.03.2016) ; Marilyne Pasquier (16.03.2016)

Travail réalisé dans le cadre du cours de Social Media

Liens utiles :

Profil LinkedIn de Jean Parrat

Communiqué de presse de l’événement 

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4 comments

  1. “Selon les estimations, en l’espace d’une année, jusqu’à un tiers de la population suisse est touchée par un trouble psychique qui devrait être soigné dans la plupart des cas.” Un communiqué de presse de la Confédération.

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